Dr. Marie-Hélène HAYE Soutien du Chirurgien-Dentiste

Dentiste, Coaching, Développement personnel et Burn-out

29 novembre 2021

On achève bien les chevaux…
Le titre est provocateur. Oui mais voilà, parmi les dentistes qui fréquentent le Burn-out, je décèle souvent la présence de coaching et d’injonctions, en particulier d’injonction à la perfection.

Récemment j’ai écouté avec effarement le podcast Méta de Choc où un consultant en entreprise témoigne d’un séminaire de coaching avec une star internationale du développement personnel.

Cela m’interroge à double titre. D’abord parce que j’accompagne moi-même des personnes qui parfois me disent coach, ce que je ne suis pas. D’ailleurs c’est noté sur mon site.
Et puis aussi parce que dans notre métier de chirurgien-dentiste, on est nombreux à faire appel aux coaches.

Dans les situations d’épuisement professionnel qui mènent au burn-out, je retrouve toujours un facteur déclenchant important : une multitude d’injonctions à la perfection.
Les injonctions, ce sont toutes ces petites phrases, dites ou seulement pensées, que l’on se répète ou qui nous sont répétées, pour guider nos actes et nos décisions.

L’injonction à la perfection:
une constante en cas de burn-out

En voici quelques exemples:
  • La première, celle à laquelle tous ceux qui sont conventionnés sont confrontés
Soignez avec les données acquises de la science et facturez à perte les soins de base qui sont le coeur de votre métier….
  • Celles qu’on se dit à soi-même
– Il faut que je réussisse dans ma vie, je n’ai pas fait tout ça pour rien !
– Je ne peux pas décevoir mes parents, je dois faire mieux !
– Il n’est pas question de réduire mon niveau de vie, je dois augmenter encore mon chiffre !
– Je ne  peux pas perdre la face devant les autres, il faut que je tienne !
– Ok, je vois peu mes enfants alors à la maison je veux être un parent parfait !
  • Celles qu’on s’inflige sans s’en rendre compte, parce que soigner c’est une vocation, c’est un sacerdoce, se sacrifier c’est noble
Je tire sur mes vertèbres, tant pis, je tiens le capteur en bouche avec mes doigts, je ne m’éloigne pas quand on déclenche le tir, j’oublie de respirer, je n’en peux plus mais je prends sur moi, je n’ai pas le droit de dire non, je vais encore bosser gratuitement !
  • Celles qui sont incontournables :
Maintenant que je suis endetté, je n’ai plus le choix !
  • Celles des coaches professionnels, auxquelles il est impossible de désobéir, parce que leur méthode ça marche, parce que je me suis engagé dans cette voie, parce que ça m’a coûté cher, parce que je ne peux plus faire marche arrière
Remettez-vous en question !
Gagnez en efficience!
Soyez irréprochables!
Motivez votre équipe!
Répondez à vos avis Google!
Répondez au téléphone avant la quatrième sonnerie!
Expliquez vos plans de traitement!
  • Celles des coaches de vie, de développement personnel

Pensez positif!
N’abandonnez jamais!
Soyez forts!
Vos pensées créent votre avenir!
Devenez la meilleure version de vous-même!
Maîtrisez vos émotions!
Croyez en vous-même!

Bref, une profusion d’ordres, rédigés à l’impératif, du toujours plus et encore plus, à grand renfort de points d’exclamation, une recette pour réussir avec certitude, qui que vous soyez.

PAUSE

ON SOUFFLE…

Et si on prenait un peu le temps de vivre? De lâcher toutes ces injonctions, avant d’être épuisé?
Combien de posts Facebook, Linkedin, Instagram, de « mèmes » teintés de luxe, rêve, exotisme, sérénité pour vous faire miroiter un ailleurs magnifique, dans un monde à votre portée, pourvu que vous suiviez les consignes…?
Si nous revenions dans le réel?
Dans ce monde réel, chacun de nous est différent des autres, dans un contexte différent, avec des facilités ou des déficiences différentes, avec ses forces et ses vulnérabiltiés, ses besoins et ses aspirations, son passé, son entourage…
Qui nous donnera le droit de naviguer à notre propre rythme, sinon nous-même?

Et vous, comment vous sentez-vous face à ces injonctions?
               Dr. Marie-Hélène Haye, allias, la Gutta Perchée

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10 commentaires

Leïla | 22 décembre 2021 à 12 h 42 min Répondre

Je n’ai pu, en écoutant le podcast Méta de choc, m’empêcher de penser à une certaine méthode marseillaise de coaching dont la plupart d’entre nous a, au minimum, entendu parler. Je suis allée à une journée de présentation gratuite, évidemment, que j’aurais intitulée « miroir aux alouettes pour chirugiens-dentistes, une journée pour vous appâter ». La présentation et la mise en scène sont rodées et efficaces puisqu’à la fin de cette journée fascinante sur beaucoup de points, nombreux ont été ceux qui ont signé un contrat avec le messie du business dentaire. Les détails sont soignés. Le corps est entretenu, le cheveu bien mis, la tenue est sérieuse mais pas trop, le sourire est éclatant et permanent (un petit côté businessman de la côte ouest, pas la nôtre, celle des You Es Hey). Personnellement je l’ai imaginé à la pêche à la mouche, lançant sa ligne un bel appât au bout, hop un coup de moulinet pour le retirer et on recommence jusqu’à ce que ça morde. Et ça mord ! Parce-qu’à chaque lancer il y a une injonction « croyez-moi, si vous me faites confiance, votre vie professionnelle et personnelle gagneront en qualité et succès ». J’ai surtout compris que c’était lui qui gagnerait en confort de vie (18000 euros l’année quand même). Enfin, pour avoir connu des praticiens coachés, je n’ai décelé en eux que du stress et une baisse de confiance en eux générés par les nombreuses injonctions de leurs référents dont la fameuse « si ça ne marche pas c’est que vous n’avez pas appliqué le script numéro 52 à la lettre » ou « vous n’avez pas pris l’option stage supplémentaire à autant d’euros, vous devriez, nous allons vous délivrer un secret primordial ».
Je concluerai en citant deux références de la chanson française, Cali « c’est quand le bonheur ? » et Christophe Maé « il est le bonheur, il est où ? ». L’injonction au bonheur n’est-elle pas la plus dangereuse?

Thierry COMIRAN | 4 décembre 2021 à 15 h 15 min Répondre

Oui… mais
– je suis entouré d’un personnel peu motivé à qui je ne peux déléguer tout ce que je voudrais parce que ce personnel n’est pas proactif
– je me sens prisonnier d’une procédure qui m’assure un fort taux d’acceptation de mes projets de dentisterie mais qui m’est extrêmement chronophage (sortie d’un cabinet entre 21 et 23 h !).
– je ne suis plus motivé pour changer après un burn out et une vie privée compliquée

    Marie-Hélène HAYE | 9 décembre 2021 à 18 h 25 min Répondre

    Merci pour ton témoignage.
    Si je comprends bien, tu fais beaucoup d’heures ce qui empiète sur ta vie privée.
    Est-ce qu’on peut dire que tu subis cette situation, faute d’énergie pour en changer?
    C’est une forme d’équilibre aussi pour le moment, car elle te sécurise financièrement.
    Ce n’est pas facile de récupérer d’un burn-out.

Phénix | 2 décembre 2021 à 13 h 45 min Répondre

Effectivement ton partage ici, aborde plusieurs problématiques, dont celle des injonctions qui peuvent polluer certaines personnes selon leur degré de résistance propre, physique et mentale.
Cet article m’amène à plusieurs réflexions :

Réflexion 1 : le titre est effectivement provocateur, mais le lien sera vite fait, en analysant le mot « management » terme bien anglo-saxon, qui se résume finalement en bon français à la « direction et la gestion » que l’on décide d’appliquer dans nos vies privées comme professionnelles .
Ce mot a été emprunté au XVI ème siècle par les anglais au français, calqué lui même sur un mot italien, venant du latin  » MANUS »= la MAIN . D’où le mot « MESNAGER » en vieux français, qui veut dire : « Guider un CHEVAL en tenant les rênes  »
Les passionnés d’équitation le disent, il est souhaitable de « ménager sa monture, si on veut aller loin » car sinon ce beau cheval sera épuisé…

Pas facile d’avoir la main légère pour manier les rênes de nos vies, entre les contraintes externes où parfois le banquier arrive à tenir les rênes, où des patients pénibles, l’URSSAF…les impôts..où des faux coaches qui ne voient que leur intérêt et j’en passe…mais aussi nos fameuses injonctions internes diverses et variées qui « resserrent les brides » et donc les mors sur nos dents….. nous devenons notre pire ennemi par ces injonctions…

Le fait de détecter ces injonctions  » il faut » et les remplacer progressivement comme tu le conseilles par des « j’ai envie de.. etc…. » permet d’amener de la souplesse, de l’agilité dans ce fameux MESNAGER de nous même, et de mesnager notre monture avec humilité……….

Phénix | 2 décembre 2021 à 13 h 40 min Répondre

Réflexion 2 :

Tu attires l’attention des confrères sur les vendeurs de coachings qui agissent comme on vend un régime : effectivement depuis l’époque des bandits de grands chemins, des hommes veulent « profiter » du mal-être de leurs semblables.

Certains séminaires de coachings ou de management en tout genre, amènent parfois plus de  » rênes tendues » qu’ à de réelles solutions.
Le piège du  » miroir aux alouettes » se referment ainsi sur la personne fragilisée, qui devient encore plus fragilisée et dépendante du coup…..
Les bonnes paroles, les exclamations, les recettes généralistes ne sont pas adaptées à l’individu pris séparément….
Ils se disent meilleurs « MESNAGEURS » que leur client pour des résultats garantis, et pourtant…un triste exemple en dentisterie est en prison…..à méditer.

Tu dis que tu n’es pas un coach et c’est vrai, en tant que consœur, j’ai pu voir ta grande capacité de GUIDE bienveillante, humaine, responsable, laissant le temps au temps, avec un temps pour tout, dans le long chemin vers un meilleur « MESNAGER »…et tu redonnes une boussole au confrère ou la consœur qui a perdu le Nord de son bien être au travail et à son équilibre de vie !.

Phénix | 2 décembre 2021 à 13 h 30 min Répondre

Réflexion 3 :

Pour finir, tu parles d’un monde réel, à mieux discerner, en mouvement en ce moment, et donc à mieux profiter de l’instant présent de nos vies, de ce que l’on a, sans toujours chercher à posséder plus, donc plus orienté humain que matériel.
En pleine transition énergétique, sous l’effet de la tempête Covid et dans des modifications profondes de notre société, choisir  » d’être  » par rapport aux choix  » d’avoir et/ ou de paraître » et de  » Faire » devient un choix un peu plus écologique à tous les niveaux.
Être, peut se conjuguer alors avec « prendre le temps de », pour soi, sa famille, même si ce n’est pas facile du tout, car il y a toujours quelque chose « à faire vite »… » à rembourser »…. » à soigner « …etc…..

Boris Cyrulnik le souligne dans ses livres sur sa fameuse « RÉSILIENCE » et l’explique bien : s’ adapter avec agilité est une FORCE, et peut se cultiver, en choisissant « plus d’ humain ». D’autres auteurs parlent quant à eux de l’effet  » slow down » : choisir de ralentir, se donner du temps pour son bien être, repasser en mode « trot assis ou enlevé  » pour son bien « MESNAGER », plutôt que de toujours être « au grand galop, brides abattues ».
La vie en pleine conscience avec de vrais choix, (donc des renoncements), se fait encore plus belle comme en 3 D…mais les changements font peurs, et sont durs. Mais un meilleur équilibre vient après…

Et c’est là que, pour conclure, le choix des consœurs et confrères, de faire un bilan de compétences est une chance, une boussole qui redirige les collègues brulés par cet épuisement, d’avoir trop serré leurs rênes, et donc trop les mors aux dents…
Prendre ce temps n’est pas du temps de perdu, bien au contraire, quand il est fait sérieusement avec quelqu’un de respectueux comme toi.
Car finalement on perd beaucoup plus du temps à vouloir se hâter dans une redirection pour vouloir en gagner… tout le temps ….
La dentisterie mène à tout à condition de parfois en sortir, sans injonctions, comme un sportif de haut niveau plus assez  » compétiteur sur le terrain  » qui s’invite humblement à une autre partie de vie.

Bonne continuation et bon courage aux consœurs et confrères en redirection ou pas, et merci à toi Marie Hélène d’avoir pris cette vocation d’aider humainement tes collègues avec honnêteté .

La vie est pleines de surprises sans injonctions, et ça c’est un bon cheval en pleine santé !

    Marie-Hélène HAYE | 2 décembre 2021 à 15 h 31 min Répondre

    Merci Phénix pour ta contribution judicieuse! J’avoue que je n’avais pas pensé à ce parallèle avec le cheval au moment où j’ai rédigé ce titre 🙂
    C’est bien intéressant en effet.
    Toi aussi tu as compris combien ralentir le temps et recevoir une aide extérieure est important.
    Pour conclure je dirais que nous exerçons une très belle profession, très exigeante et difficile, où nous avons besoin de nous soutenir mutuellement.

Rud J.P | 30 novembre 2021 à 11 h 03 min Répondre

Évidemment tout ce que tu décris fait écho en moi et j’imagine en beaucoup d’entre nous. Pour moi et comme tu le dis la clé est le temps. Respecter son propre biorythme et s’accorder le temps de prendre du recul. Mais c’est aussi un exercice dangereux car il va révéler les failles,les manques,les échecs bref les points douloureux que la méthode « foncer la tête dans le guidon  » permet de masquer ou d’ignorer ce qui est sur le moment plus confortable. Certains craquent, d’autres savent résister. Il n’y a pas de règle.
Merci pour ta réflexion qui en engendre d’autres.

Rue J.P | 30 novembre 2021 à 11 h 02 min Répondre

Évidemment tout ce que tu décris fait écho en moi et j’imagine en beaucoup d’entre nous. Pour moi et comme tu le dis la clé est le temps. Respecter son propre biorythme et s’accorder le temps de prendre du recul. Mais c’est aussi un exercice dangereux car il va révéler les failles,les manques,les échecs bref les points douloureux que la méthode « foncer la tête dans le guidon  » permet de masquer ou d’ignorer ce qui est sur le moment plus confortable. Certains craquent, d’autres savent résister. Il n’y a pas de règle.
Merci pour ta réflexion qui en engendre d’autres.

    Marie-Hélène HAYE | 2 décembre 2021 à 15 h 18 min Répondre

    Merci pour ton commentaire Rue J.P.
    Comme tu le dis si bien, il n’y a pas de règle, nous ne sommes pas égaux devant ce risque de burn-out.
    Et il est certain que le meilleur moyen de ne pas se poser de question, c’est d’être contraint à travailler sans relâche possible.
    Enfin le temps, pour se remettre est clairement un facteur déterminant !

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